L’Assemblée Générale du SPMS, tenue le 18 septembre 2019, a été suivie d’une conférence, animée par Jean-Marie ARCHEREAU (Président des Éditions DIPA BURDA) et Jean-Louis REDON (Président du SPMS), intitulée « les enjeux et perspectives de la presse spécialisée dans le cadre de la nouvelle loi sur la distribution de la presse » qui avait pour objectifs d’une part de faire le point sur l’évolution du réseau et les tendances du marché de la presse mais surtout, d’analyser le projet de loi sur la réforme de la distribution de la presse et enfin de débattre sur la stratégie à adopter au sein de la FNPS. Une interview de Daniel PANETTO, Président de Culture Presse, a été réalisée pour l’occasion.

Les tendances du marché

D’une manière générale, toutes les familles de presse subissent une baisse de leur vente en volume évaluée à – 11 % que la hausse des prix ne modère que très légèrement (- 8 %)*.

Cette année est particulièrement marquée par une diminution importante de parutions, sans véritable lancement ce qui peine à maintenir un fort attrait pour la presse.

Entre juillet 2018 et juillet 2019, 585 points de vente, principalement des petits linéaires, ont fermé (22 711 restants).

À noter que les réseaux Maison de la Presse et Cultura enregistrent, eux, une augmentation des points de vente (+ 9 *).

Le maintien et le soutien du réseau traditionnel, dit de niveau 3, est donc une priorité pour le SPMS.

*Source : Presstalis.

Les principales évolutions de la nouvelle loi sur la distribution de la presse

Dorénavant, seule l’ARCEP, nouvelle régulatrice, aura en charge la gestion et la validation des règles, barèmes et parties-prenantes. Les barèmes ne seront plus votés par les coopératives, mais proposés par les sociétés de messageries agréées par l’ARCEP, d’où un moindre rôle des coopératives.

Toute société agréée de distribution de la presse est tenue de faire droit, dans des conditions objectives, transparentes, efficaces et non discriminatoires à la demande de distribution des publications d’une entreprise de presse, selon les règles spécifiques des titres : 

  • Les titres IPG ont un droit inconditionnel au réseau de distribution
  • Pour un titre CPPAP : distribution dans la limite des règles d’assortiment et quantités fixées, sans possibilité pour le marchand de le refuser
  • Pour un titre non CPPAP : accord de gré à gré entre éditeurs et diffuseurs

Les règles d’assortiment et le droit de première présentation : interview de Daniel PANETTO, Président de Culture Presse

Le SPMS se mobilise donc sur plusieurs points : la définition des règles d’assortiment et la présentation physique des titres non CPPAP. C’est dans ce cadre que Jean-Louis REDON, Président du SPMS, a interviewé Daniel PANETTO, Président de Culture Presse.

Jean-Louis REDON : « La situation est en très grande transformation. Parmi tous les sujets qui se posent, deux nous préoccupent particulièrement : l’assortiment et le droit de première présentation. Tout d’abord l’assortiment. Les règles vont changer. Des accords interprofessionnels vont être élaborés. Il n’y aura plus de Conseil supérieur pour les mettre en place et l’ARCEP ne pourra pas encore faire ce travail. La FNPS et le SPMS, nous sommes persuadés que les marchands de journaux sont absolument la pièce centrale sur laquelle il faut que les éditeurs s’appuient pour travailler sur les problèmes de commercialité. Comment pourrais-tu envisager que les anciens partenaires du Conseil supérieur puissent se retrouver autour d’une table pour travailler sur cet assortiment ? »

Daniel PANETTO : « je te remercie de mettre les marchands de journaux au centre de la filière. Nous sommes responsables, progressistes pour trouver des équilibres. Les éditeurs peuvent compter sur Culture Presse. Il faut trouver une structure de dialogue entre nous. J’aurai des initiatives dans ce sens-là pour aborder ces changements. Chacun doit faire preuve de responsabilité. Nous avons chacun intérêt à trouver des bons équilibres.

Sur l’assortiment, des règles vont s’imposer à tous : aux titres IPG, aux titres ayant un n° de CPPAP et aux autres. Pour les marchands de journaux, il n’y a qu’une chose qui compte, c’est de pouvoir répondre « oui » à ses clients. Il n’y a pas un point de vente qui va refuser des titres qu’il vend. Ce sont des commerçants, des chefs d’entreprises, certes de très petites entreprises mais il n’y a pas de raison qu’ils refusent un titre qu’ils vendent, qu’il ait un n° de CPPAP ou pas, qu’il soit dans l’assortiment ou pas. »

Jean-Louis REDON : « Le droit de première présentation est important pour les titres non CPPAP mais aussi pour les titres CPPAP qui ne seront pas dans l’assortiment. La loi n’a pas prévu de système pour le gérer. La FNPS est persuadée qu’il faut avoir un système de première présentation physique pour que le marchand de journaux se rende compte que le titre est un bon produit et non pas un vague « fake ».  Comment envisages-tu ce système de première présentation ? »

Daniel PANETTO : « Il faut quelque chose de simple. On ne fera pas l’économie du soutien que peut apporter un système informatique mais il faut arrêter les « usines à gaz ».

Il y a un linéaire dans les points de vente qui peut recevoir un certain nombre de titres. Dans ce même point de vente, il y a des palmarès de vente. Il faut travailler un système simple et pour cela nous reviendrons vers vous.

Mais il faut surtout un dialogue commercial entre points de vente et éditeurs. Je suis favorable à une présentation physique.

Que le marchand continue à recevoir les nouveautés CPPAP ou pas et qu’on le laisse apprécier. Il sait s’il a une clientèle ou pas et c’est aussi à l’éditeur de lui faire comprendre tout le potentiel de ses titres.

On rentre alors dans le dialogue commercial. C’est un peu révolutionnaire car on ne fonctionne pas comme cela aujourd’hui. Mais les marchands de journaux gèrent déjà les autres activités dans son point de vente de cette manière en dialoguant avec fournisseurs et commerciaux. Les marchands de journaux ne peuvent pas se couper du chiffre d’affaires, donc on va être constructifs sur cet aspect.

Il faut simplement informer le marchand de journaux si le titre a un numéro de CPPAP ou pas et leur faire confiance pour l’accepter ou pas mais avec des raisons objectives. »

Regarder l’intégralité de l’interview

À l’issue de cette conférence et des échanges avec les éditeurs, Jean-Louis REDON a prononcé un discours devant les invités du cocktail, appelant toutes les composantes de la profession à collaborer le plus rapidement possible pour définir un système d’assortiment et remettre au centre du jeu les marchands spécialistes de la presse :

« Je ne vais rien vous apprendre en vous disant que la période est difficile pour la vente au numéro !

Les ventes de presse sont en chute, les points de vente ne sont pas à la fête, et les comptes des messageries sont en berne.

La loi Bichet rénovée a pour objectif de stopper les dérives qui ont conduit l’interprofession au bord du gouffre, et surtout de remettre les marchands au centre du jeu, en leur permettant d’ajuster leur approvisionnement à la capacité de leurs points de vente et aux besoins de leur clientèle.

L’objectif est louable, mais la FNPS est inquiète de la période de transition qui s’annonce, inquiète d’une période où la régulation effectuée par le CSMP sera de moins en moins active et où l’ARCEP n’aura pas encore pris le relai.

Les aventuriers ont le champ libre pour tenter le tout pour le tout : Pour ne prendre qu’un exemple, nous entendons déjà évoquer des projets totalement en rupture avec le passé, comme le développement de points de vente spécifiques à une messagerie, ou bien d’accords de gré à gré avec les enseignes de la grande distribution.

Nous sommes bien loin de la solidarité inter coopérative, et la FNPS appelle toutes les composantes de la profession à collaborer le plus rapidement possible autour des marchands de journaux pour définir un nouvel équilibre, définir un système d’assortiment et qui remette au centre du jeu les marchands spécialistes de la presse.

Daniel PANETTO, le président de Culture Presse nous indiquait tout à l’heure, dans une intervention vidéo, qu’il était tout à fait conscient de sa responsabilité historique, et précisait que pour lui assortiment veut avant tout dire dialogue commercial entre les éditeurs et les marchands pour ne laisser personne sur le bord du chemin et donner sa chance à tout titre qui pourrait intéresser ses lecteurs/clients.

Ces discussions interprofessionnelles devront s’articuler autour de quelques axes simples :

  • Affirmer le droit d’avoir un réseau de qualité et performant où les acteurs respectent leurs engagements et sont sanctionnés lorsqu’ils sont défaillants (délais de mise en vente, fraudes sur les invendus, remontée d’information).
  • Convaincre les éditeurs de participer à un véritable dialogue avec le réseau, de respecter l’assortiment et de régler les quantités. Ceci devrait être résolu par un futur accord interprofessionnel.
  • Créer un « portail-diffuseurs », toutes publications et toutes sociétés de distribution confondues. Ce portail-diffuseurs doit être l’animateur de l’offre des éditeurs pour le réseau et l’instrument de dialogue éditeurs/dépositaires/diffuseurs, particulièrement indispensable pour rendre effectif le droit de première présentation.
  • Exiger de la part des messageries agréées une passerelle entre leurs services informatiques pour permettre la mise en commun des chiffres de vente et activer les nouvelles règles interprofessionnelles d’assortiment.
  • Assurer un système de réassort efficace et gratuit qui permettrait de réduire les quantités livrées au réseau en limitant les risques de perte de ventes.
  • Défendre les éditeurs vertueux face aux abus.

J’en ai terminé. Il ne nous reste qu’à nous mettre au travail !

La nouvelle loi nous met en face de nos responsabilités et la FNPS saura prendre résolument les siennes. »