L’Assemblée générale de la FNPS qui s’est tenue vendredi 19 juin a débuté par les rapports financiers et le rapport d’activité de la FNPS. Le Président Jean-Christophe RAVEAU a été réélu pour un deuxième mandat de trois ans. À cette occasion, il a rappelé quelques fondamentaux et objectifs prioritaires de la FNPS et de ses 7 syndicats :

© Patrick RIMOND
« Au-delà de l’honneur que j’ai à vous représenter, croyez bien que j’éprouve un immense plaisir à construire avec vous notre avenir et à mener nos combats, et je vous en suis sincèrement reconnaissant.
Cette confiance renouvelée, elle signifie pour moi non pas un blanc-seing pour poursuivre ce que nous avons entrepris mais bien plus un encouragement à aller encore plus loin, plus haut dans ce que nous défendons ensemble.
Cela tombe bien car la période charnière que nous traversons doit nous inciter, je vous l’assure, à changer réellement de braquet.
Il y a douze mois, je vous parlais d’incertitudes. Elles ont laissé place à des coupes majeures portées à nos marges de manœuvres, déjà affaiblies par un environnement économique particulièrement dégradé, avec notamment l’effondrement en deux ans de nos recettes publicitaires. Et les nécessaires restructurations sont aussi à l’œuvre chez un certain nombre d’éditeurs de notre secteur, même si la taille de nos entreprises ne les rend pas aussi visibles que dans la PQR par exemple.
Le constat est là, la presse spécialisée et professionnelle ne traverse pas des turbulences passagères, elle subit elle aussi un changement profond de paradigme. Et c’est dans ce contexte que plusieurs décisions malvenues doivent nous interroger sur la prise en considération de notre forme de presse dans l’écosystème de l’information français.
- Le sujet des tarifs postaux tout d’abord. Le gouvernement a validé une hausse de 7 %. 7 % dans un contexte où la qualité du service postal ne cesse de se dégrader avec des délais allongés, des pertes de courrier. Pour nos titres diffusés quasi exclusivement par voie postale, c’est une charge supplémentaire insupportable, d’autant plus qu’elle nous a été imposée au mépris des accords passés.
- La réduction à peau de chagrin des fonds du FSDP ensuite. Alors que l’évolution rapide de nos business modèles oblige à accélérer notre transformation digitale, ce fonds conçu pour accompagner cette mutation, notre seule aide directe, a été amputé considérablement pour financer notamment la restructuration des imprimeries de la presse quotidienne. Je ne dis pas que ces imprimeries ne méritent pas d’être soutenues mais c’est faire peu de cas du sort de nos PME.
- Enfin, sur la propriété intellectuelle. Les propositions de loi Balanant et Darcos portaient des avancées réelles pour ne pas dire cruciales pour notre activité : la reconnaissance de l’éligibilité aux droits voisins des titres CPPAP qui nous est trop souvent contestée d’une part, une présomption d’exploitation de nos contenus par les fournisseurs d’intelligence artificielle d’autre part. Les promoteurs de ces textes doivent être vivement remerciés de leurs initiatives. Ils ont d’abord recueilli un soutien quasi unanime de la représentation parlementaire. Mais le combat n’est pas gagné et la situation reste fragile à l’heure où je vous parle. Le texte initial de la PPL Balanant s’est affaibli sur le caractère irréfragable de la reconnaissance de l’éligibilité. La PPL Darcos a été reléguée au fin fond de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et ne verra sans doute jamais le jour.
Disons-le, face aux lobbies des plateformes, le gouvernement et une partie de la représentation nationale ont bel et bien montré leur déconcertante frilosité. Et chaque jour qui passe sans protection effective, c’est nos contenus qui sont pillés, sans rémunération, au profit d’acteurs qui valent des milliards.
Alors pourquoi si souvent, l’attention portée aux problématiques spécifiques de notre forme de presse est-elle insuffisante ?
La presse de la connaissance et du savoir, c’est pourtant 4 300 journalistes professionnels, 400 sociétés d’édition, 1 100 titres imprimés et 580 services de presse en ligne, couvrant l’intégralité des champs du savoir humain : de la médecine à l’agriculture, du droit à l’ingénierie, de la culture à la recherche scientifique.
Nous ne sommes pas un segment de niche. Nous sommes la source experte et éclairée de l’information française. Nos lecteurs sont des médecins, des ingénieurs, des enseignants, des chercheurs, des avocats, des agriculteurs, des entrepreneurs. Des gens qui ont besoin — pour exercer leur métier, pour prendre des décisions, pour former les autres — d’une information fiable, approfondie, indépendante. Pas d’un algorithme. Pas d’un résumé généré par une IA nourrie de nos propres contenus. Des femmes et des hommes pour qui la rigueur de l’information n’est pas un luxe, c’est un outil de travail, parfois une question de responsabilité professionnelle, le tout au service de la collectivité nationale : pour stimuler l’emploi, la formation, l’innovation, la recherche, le développement économique, le rayonnement de nos cultures et de nos idées. Bref, un bien commun.
Alors je vous propose, pour ce nouveau mandat d’orienter notre action vers la reconnaissance officielle et réglementaire d’une définition de la presse de la connaissance et du savoir — une définition qui dise, noir sur blanc, ce que nous sommes, ce que nous faisons, et pourquoi nous méritons une attention particulière dans les politiques publiques de soutien à la presse.
Non pas pour obtenir des privilèges. Mais pour qu’on cesse de nous traiter comme une variable d’ajustement budgétaire. Car le risque est grand de voir les coupes budgétaires nous impacter en priorité. C’est donc le bon moment pour tenter de sanctuariser la presse de la connaissance et du savoir qui ne mérite certainement pas, pour le bien commun, d’être servie en dernier quand les arbitrages sont serrés.
- Serré sur l’arbitrage postal, le sort spécifique de la presse de la connaissance et du savoir, alors que nous n’avons pas accès à l’aide à l’exemplaire, doit notamment être pris en compte dans les futures négociations pour lesquelles nous sommes, à l’heure où je vous parle, plongés dans un brouillard épais.
- Sur l’arbitrage IA également : L’appétence particulière des moteurs conversationnels pour nos contenus experts, l’incapacité de nos entreprises à se défendre seules face aux géants de la tech, doivent amener les pouvoirs publics à mettre en place des dispositifs protecteurs qui ne sont en rien des freins à l’innovation portée par ces IA.
- Enfin, sur l’arbitrage FSDP : nos PME à capitaux familiaux doivent bénéficier prioritairement des fonds disponibles pour la transformation digitale.
Certes l’objectif de reconnaissance est ambitieux mais le jeu en vaut la chandelle. Alors je vous propose de redoubler d’effort pour que la FNPS et ses sept syndicats portent cette exigence avec détermination, avec constance, avec méthode, et avec la conviction que notre secteur a quelque chose d’irremplaçable à offrir à la société française : le savoir et la connaissance mis en forme et vérifiés par des éditeurs, des journalistes et des auteurs talentueux, et rendu accessible au plus grand nombre, pour le bien du plus grand nombre.
C’est pour cela que nous allons nous organiser avec vos élus, pour suivre un chemin dont je suis persuadé qu’il comptera autant que l’atteinte du but recherché. Vous pouvez compter sur nous. »
Une table ronde a suivi l’Assemblée générale : « La valeur de la marque média à l’ère de l’IA générative : comment les éditeurs de presse spécialisée peuvent valoriser leurs contenus, leurs marques et leurs audiences ? »

Animée par Emmanuel PARODY (Digivox) et avec la participation de :
- Valérie HOUDYER (rsedatanews)
- Hervé NOIRET (NGPA, Groupe France Agricole)
- Joffrey Olivier RICOME (Uni-médias)
- Éric ZUBER (Groupe Revue Fiduciaire)
La matinée s’est achevée par un moment de convivialité autour d’un cocktail déjeunatoire avec nos invités sur la terrasse de la Maison A au Trocadéro.

