Le 3 février dernier, le SPPRO proposait, dans le cadre du salon La Presse au Futur, une conférence live unique sur l’accélération de la transformation des médias professionnels en temps de crise Covid. Une thématique qui s’est naturellement imposée dans ce contexte inédit, chamboulant les codes et habitudes du secteur : croissance inédite des audiences web, élargissement incroyable des communautés sur les réseaux sociaux, challenges des offres commerciales, …

Un certain nombre d’éditeurs ont accéléré la transformation déjà initiée il y a quelques années. Tous sont à la recherche de la bonne combinaison entre ce qui était pertinent du monde d’avant et qu’il faut continuer, et ce qui avait été initié et qu’il faut adapter, infléchir ou confirmer.

Pour échanger sur cette thématique, Jean-Christophe RAVEAU, Président de PYC Media et du SPPRO, avait réuni 3 intervenants :

  • Pierre-Dominique LUCAS, Directeur des pôles industrie et spécialistes chez Infopro Digital,
  • François ROSSIGNOL, Directeur Marketing et Commercial chez Livres Hebdo,
  • François JALBERT, Directeur des événements chez La Tribune.

L’Usine Nouvelle

Avec 3 000 000 de visiteurs uniques, 20 % de croissance par an depuis 4 ans sur le digital et plus de 500 000 dirigeants qui consultent la marque quotidiennement, l’Usine Nouvelle avait toute légitimité à devenir acteur de la relance industrielle.

Pour cela, sa marque phare L’Usine Nouvelle a été totalement repensée en moins de 6 mois : plus de contenus notamment sur le digital, plus de formats (webinars éditoriaux, podcasts, …), plus de services (indices, études, …), enrichissement de l’expérience digitale (fluidité, accessibilité, interactivité, …), personnalisation du site, des newsletters et des flashs en fonction des préférences des abonnés, lancement de clubs (think tank, club des femmes de l’industrie, clubs d’abonnés, …), changement de périodicité du magazine print passant de l’hebdomadaire au mensuel offrant des dossiers plus fouillés, en doublant le nombre de pages, et enfin proposition de nouvelles offres abonnés, notamment pour les PME avec 1 abonnement = 4 accès.

Avec une audience plus captive et des publicités directement intégrées aux contenus éditoriaux, la transformation semble également réussie du côté commercial.

Livres Hebdo

En 2018, Livres Hebdo a défini un plan de développement progressif ambitieux pour ajuster son offre et ses services aux nouveaux besoins et attentes de sa communauté. Pour le réaliser, le mot d’ordre était l’agilité, d’autant plus en période de coronavirus. De nombreux chantiers ont été lancés : reconfiguration de la rédaction avec l’intégration de nouveaux métiers permettant de nouveaux contenus (vidéos, études, datas…), redéfinition de l’offre média à l’aune des nouveaux besoins et moments de consommation des abonnés en positionnant le site Internet en média principal, maintien d’un rendez-vous hebdomadaire en version digitale et deux mensuels plus dans l’approfondissement et l’analyse : un générique de 200 pages et un thématique lié à l’agenda de la profession.

Les objectifs fixés dans le plan de développement de 2018 ont été atteints et même dépassés car la crise sanitaire a convaincu Livres Hebdo d’aller encore plus loin en proposant par exemple de nombreux webinars.

Cette nouvelle stratégie, multipliant les points de contact, diversifiant le métier initial de l’éditeur, a rapidement été suivie et a chamboulé la répartition du portefeuille abonnés avec une part des abonnés digitaux passant de 20 % à 50 %. Les audiences des supports digitaux ont littéralement explosé : les audiences du site Internet ont doublé et perdurent.

Côté publicité, la prise de parole des annonceurs dans les webinars a été monétisée pour permettre d’une part de les rendre gratuits pour les participants et d’autres part de rapporter près de 30 000 € de chiffres d’affaires. L’objectif est de tripler le nombre de webinars en 2021.

La Tribune

L’événementiel était déjà un axe stratégique important dans le business model de La Tribune. Avec la crise sanitaire, le choix a été de digitaliser les événements pour éviter une hémorragie financière. Très rapidement, La Tribune a lancé des émissions live financées par du sponsoring : une vingtaine rien que pendant le premier confinement.

La crise a eu comme bon effet d’accélérer sur des sujets latents comme la création d’un studio télé avec la formation des équipes internes, la refonte des sites événementiels ou encore la digitalisation des événements.

En septembre et en octobre, des événements hybrides (présentiel et distanciel) ont été organisés, confirmant que le présentiel n’est pas terminé.

La Tribune a vu son chiffre d’affaires événementiel croitre de 10 % en 2020, notamment grâce à cette hybridation : l’offre commerciale, en plus de comprendre les 400 visiteurs sur une matinée, valorise l’audience web exponentielle, les milliers de vues supplémentaires sur Internet (de 20 000 vues à 1 millions de vues selon les thématiques).

La réalisation en interne de petits événements 100 % digitaux s’avère rentable grâce à la création du studio qui ne pèse que sur les amortissements. En revanche, les événements phygitaux sont complexes à réaliser. La réduction de coût par rapport à un événement strictement physique est donc faible, de l’ordre de 20 % à 30 %.

Les intervenants ont ensuite principalement échangé et débattu autour de la rentabilité de l’événementiel, de la pérennité de cette activité, et des nouveaux formats issus des expériences menées durant la crise Covid. Pour terminer, des questions provenant du tchat ont porté sur l’importance des réseaux sociaux pour étendre les audiences et la redéfinition et la personnalisation des offres abonnés.

Pour conclure, tous se sont exprimés sur ce qui ne sera plus jamais comme avant : les formats avec davantage de digital, les revenus avec beaucoup d’événementiel, les nouveaux territoires des marques média avec l’élargissement des sujets, des communautés et des points de contact.

Cet événement a été proposé en partenariat avec RIP Consulting, éditeur de SWYP, un système éditorial multi-canal en mode SAAS, qui s’est révélé bien utile voire indispensable aux éditeurs en période de télétravail.